Le mensonge – Définition de l’Encyclopédie de Diderot

Encyclopédie 1re éd. 1751 (Tome 10, pp. 336-337).

Article écrit par Louis de Jaucourt, né à Paris le 27 septembre 1704 et mort à Compiègne le 3 février 1779, un médecin, philosophe. C’est un des principaux rédacteurs de l’Encyclopédie.

MENSONGE, s. m. (Morale) fausseté déshonnête ou illicite.

Le mensonge consiste à s’exprimer, de propos délibéré, en paroles ou en signes, d’une manière fausse, en vue de faire du mal, ou de causer du dommage, tandis que celui à qui on parle a droit de connaître nos pensées, et qu’on est obligé de lui en fournir les moyens, autant qu’il dépend de nous. Il paraît de-là que l’on ne ment pas toutes les fois qu’on parle d’une manière qui n’est pas conforme, ou aux choses, ou à nos propres pensées ; et qu’ainsi la vérité logique, qui consiste dans une simple conformité de paroles avec les choses, ne répond pas toujours à la vérité morale. Il s’ensuit encore que ceux-là se trompent beaucoup, qui ne mettent aucune différence entre mentir et dire une fausseté. Mentir est une action déshonnête et condamnable, mais on peut dire une fausseté indifférente ; on en peut dire une qui soit permise, louable et même nécessaire : par conséquent une fausseté que les circonstances rendent telle, ne doit pas être confondue avec le mensonge, qui décèle une âme faible, ou un caractère vicieux.

Il ne faut donc point accuser de mensonge, ceux qui emploient des fictions ou des fables ingénieuses pour l’instruction et pour mettre à couvert l’innocence de quelqu’un, comme aussi pour apaiser une personne furieuse, prête à nous blesser : pour faire prendre quelques remèdes utiles à un malade ; pour cacher les secrets de l’état, dont il importe de dérober la connaissance à l’ennemi, et autres cas semblables, dans lesquels on peut se procurer à soi-même, ou procurer aux autres une utilité légitime et entièrement innocente.

 Mais toutes les fois qu’on est dans une obligation manifeste de découvrir fidèlement ses pensées à autrui, et qu’il a droit de les connaître, on ne saurait sans crime ni supprimer une partie de la vérité, ni user d’équivoques ou de restrictions mentales…

Concluons que si le mensonge, les équivoques et les restrictions mentales sont odieuses, il y a dans le discours des faussetés innocentes, que la prudence exige ou autorise ; car de ce que la parole est l’interprète de la pensée, il ne s’ensuit pas toujours qu’il faille dire tout ce que l’on pense. Il est au contraire certain que l’usage de cette faculté doit être soumis aux lumières de la droite raison, à qui il appartient de décider quelles choses qu’il faut découvrir ou non…

 Source : https://fr.wikisource.org/

 

 

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