1717-2017 – L’éternelle longueur des procès

Une Justice séculaire. Trois-centième anniversaire d’un terrible constat.

 Mémoires de Saint-Simon – Chapitre VIII – Tome 14 – 1717

… encore un coup de pinceau. Le duc de Grammont l’aîné, qui avait beaucoup d’esprit, m’a conté que se trouvant un matin dans le cabinet du roi à Versailles, tandis que le roi était à la messe, et en tête-à-tête avec le chancelier, il lui demanda dans la conversation si depuis qu’il était chancelier, avec le grand usage qu’il avait des chicanes et de la longueur des procès, il n’avait jamais pensé à faire un règlement là-dessus qui les abrégeât et en arrêtât les friponneries.

Le chancelier lui répondit qu’il y avait si bien pensé qu’il avait commencé à en jeter un règlement sur le papier, mais qu’en avançant il avait réfléchi au grand nombre d’avocats, de procureurs, d’huissiers que ce règlement ruinerait, et que la compassion qu’il en avait eue lui avait fait tomber la plume de la main. Par la même raison il ne faudrait ni prévôts ni archers qui arrêtent les voleurs, et qui les mettent en chemin certain du supplice, dont par cette raison la compassion était encore plus grande.

En deux mots, c’est que la durée et le nombre des procès fait toute la richesse et l’autorité de la robe, et que par conséquent il faut les  laisser pulluler et s’éterniser.

Voilà un long article ; mais je l’ai cru d’autant plus curieux qu’il fait mieux connaître comment un homme de tant de droiture, de talents et de réputation, est peu à peu parvenu, par être sorti de son centre, à rendre sa droiture équivoque, ses talents pires qu’inutiles, à perdre toute sa réputation, et à devenir le jouet de la fortune.

* * *

Vous pouvez retrouver les mémoires ( 20 tomes !!! ) de Saint Simon sur rouvroy.medusis.com  pour découvrir une vie à la Cour de France du fin de règne de Louis XIV et de la Régence, une vie totalement ignorée de nos livres scolaires. 

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon est né à Paris le 16 janvier 1675 et mort le 2 mars 1755. Il est mort à 80 ans et il nous apprend que les nobles vivaient vieux à cette époque en ayant une vie saine et en ayant eu la chance d’avoir échappé aux maladies. Diderot nous signaalera de centenaires sans en faire un évènement extraordinaire.

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